›› Politique intérieure
Au cours du 5e Plenum. Xi Jinping a présenté au Comité Central un projet dont le maître mot était l’efficacité de la gouvernance de la Chine. Avec en ligne de mire la poursuite inflexible de la lutte contre la corruption dans la haute administration et dans l’armée, il a plaidé pour la concentration du pouvoir autour du Parti et de sa personne. Photo Reuters.
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Du 26 au 29 octobre, le Parti a tenu le 5e plenum de son Comité Central à l’hôtel Jingxi (京西宾馆), dans le district de Haidian, au Nord-ouest de Pékin. Depuis les origines de la République Populaire en 1949, il a toujours été une réunion quinquennale d’organisation politique et de planification économique
Durant l’ère maoïste les séquences reflétaient aussi les campagnes idéologiques et les luttes de pouvoir. Depuis 2012, à côté de la consolidation politique, elles intègrent les priorités de sécurité et la planification prioritaire des innovations technologiques.
Cette année, alors que la plupart des analystes font l’hypothèse que Xi Jinping briguera à 74 ans un 4e mandat lors du 21e Congrès prévu à l’automne 2027, qui devrait présider au renouvellement d’une partie du Bureau Politique, le chapitre consolidation politique, articulé une fois de plus à la validation de la position centrale de Xi Jinping, comportait un important volet de discipline interne et de lutte contre la corruption, notamment dans l’armée.
Les priorités éthiques et disciplinaires se sont clairement manifestées par la convocation, le 23 octobre, du Bureau Politique, réduit à 21 membres après la purge sans précèdent depuis plusieurs décennies pour corruption, des généraux Zhang Youxia 张又侠, (janvier 2026) et He Weidong (octobre 2025) anciens nº2 et 3 de la Commission Militaire Centrale et du secrétaire du Parti du Xinjiang, Ma Xingrui 马兴瑞 (juillet 2026) ancien vice-ministre de l’Industrie et ancien gouverneur du Guangdong, tous officiellement accusés de « sévères violations de la discipline du parti. »
La réunion du 23 octobre présidée par Xi Jinping, trois jours avant l’ouverture officielle du Plenum, avait pour but de commenter le rapport exhaustif portant sur la 7e vague d’inspections disciplinaires menées par le 20e Comité Central.
Une vaste purge politique.
Les purges au sein de la Commission Militaire Central violemment décapitée et réduite à la portion congrue du seul général Zhang Shengmin, commissaire politique, est le meilleur exemple du vaste ébranlement en cours des structures centrales du pays par Xi Jinping. Sous couvert d’une lutte inflexible contre la corruption dont la légitime éthique a été maintes fois avérée, la charge contribue aussi à écarter toute contestation de son pouvoir.
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Lancée en avril dernier, la campagne de nettoyage dont on voit bien qu’elle est autant la continuation d’une opération éthique qu’une purge politique au bénéfice de Xi Jinping, qui ciblait frontalement les instances dirigeantes du Parti et les organes du gouvernement, a mobilisé 15 équipes d’inspection qui menèrent des contrôles au cœur des structures politiques et juridiques du pouvoir central.
Selon Xinhua, le rapport qui reconnait « les progrès substantiels accomplis 中央和国家机关工作取得积极进展, appelle à prêter la plus haute attention aux problèmes qui subsistent 必须高度重视 存在的一些问题 qu’il convient de régler avec sérieux et rigueur 严肃认真解决. »
Le document exige nécessaire de « maintenir une attitude ferme contre la corruption 保 持惩治腐败高压态势 et de garantir un engagement inflexible des cadres 严格落实管党 qui doivent assumer sans faiblir les responsabilités de gouvernance du Parti. 党政治责任. »
Le but est de « bâtir des institutions politiquement saines, empreintes d’une atmosphère intègre et vertueuse. 建设风清气正的政治机关. »
Au-delà des bonnes intentions affichées, la campagne anticorruption s’inscrit en réalité dans un contexte de surveillance sans précédent visant l’élite du Parti. Selon les calculs du South China Morning Post, sur les 205 membres titulaires actuels du Comité central, 35 ont fait l’objet d’une enquête ou ont été déchus de leur siège.
Alors que sa liberté éditoriale a été strictement contrainte par la loi sur la sécurité nationale, le célèbre quotidien MING PAO 明報 de Hong Kong créé en 1959 par l’écrivain et journaliste Louis Cha, connu sous le pseudonyme de Jin Yong, est plus pessimiste.
Pour lui, la charrette des membres du Comité Central touchés par l’épuration conduite sans répit par Xi Jinping depuis 2012 avant et après le 5e plenum, comptera 45 victimes directes, soit plus de 20% de l’organe législatif central du Parti, dont le fonctionnement reste opaque, mais d’où il est évident que Xi Jinping veut extirper toute contestation.
Ce n’est pas tout. La réunion du 23 octobre, fut aussi une mise en garde directe de l’Armée Populaire de Libération dont, selon une publication du CSIS du 28 février 2026, au moins 35 officiers généraux de très haut rang - et 65 autres disparus des réunions publiques, potentiellement sur la sellette -, ont déjà été écartés et exclus du Parti.
Pour hausser sa campagne d’épuration de l’armée à hauteur d’une lutte épique exigeant un ralliement autour de l’appareil et de sa personne, Xi Jinping a convoqué la mémoire de la Longue Marche achevée à Yan An, il y a 90 ans en octobre 1936.
L’allégorie de la Longue Marche et le « Double établissement » de Xi Jinping.
A l’adresse des officiers généraux de l’APL déjà lourdement impactés par le purges, mais invités à se joindre loyalement a lui, Xi Jinping a convoqué l’épopée de la Longue Marche dont il a souligné qu’au milieu des déboires, elle avait été une victoire inattendue grâce a l’unité du Parti autour de Mao.
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Pour lui qui dramatisait l’actuelle lutte anti-corruption sur un mode emphatique, durant la Longue Marche, « le Parti était parvenu à transformer une situation de défaite en un chemin vers la victoire grâce au ralliement autour de direction de Mao Zedong »
Le 29 octobre, dernier jour du Plenum, le Quotidien du Peuple publiait un résumé de l’allégorie théâtrale de Xi Jinping qui établissait un parallèle emphatique entre les enjeux politiques actuels et l’endurance historique de l’Armée Rouge (12 500 km, une longue année de marche épuisante, seulement 10 000 survivants sur les 80 000 partants).
Le discours était à la fois une manœuvre cousue de fil blanc et grossièrement contradictoire.
Alors que toute la démarche politique de Xi Jinping est articulée au dogmatisme inflexible de sa pensée, au point d’avoir réduit la Commission Militaire Centrale décapitée par les purges à la portion congrue d’un Commissaire politique, il utilisait l’épopée de la Longue Marche pour appeler les militaires potentiellement rebelles à la souplesse et au pragmatisme.
« Au prix de leçons payées dans le sang 在血的教训中, notre Parti a [sous la conduite de Xi Jinping] acquis une compréhension profonde des lois qui régissent la révolution chinoise 深刻认识中国革命的规律 ; il s’est progressivement affranchi des entraves du dogmatisme 逐步摆脱教条主义et a commencé à aborder, de manière autonome et réaliste, 始独立自主 les questions majeures 重大问题— telles que la voie à suivre 解决路往哪里走 et la conduite des combats . 仗要怎么打. »
Preuve s’il en fallait de la double intention des purges, bon nombre des personnes visées ont aussi été accusées de « déloyauté politique » envers la direction centrale.
En d’autres termes, il est évident qu’un violent remaniement des centres de pouvoir est en cours ; il sera finalisé lors du congrès du Parti à l’automne 2027, moment où un nouveau Comité central sera constitué et où d’importants changements au sein de la direction seront annoncés.
Conformément aux usages établis lors des précédents congrès, les préparatifs pour celui de l’an prochain sont déjà bien engagés, incluant notamment plusieurs cycles de vérification concernant des centaines de cadres. Le processus se poursuivra jusqu’à l’été 2027.
Au passage, et c’est un indice suggérant que Xi Jinping à la tête du Parti depuis 2012, postulera avec des chances raisonnables de succès pour un 4e mandat, après un article du Quotidien du Peuple du 22 octobre qui disait la même chose, Xinhua rappelait que la solidité de l’appareil politique reposait sur la centralisation de l’autorité exprimée par les « deux établissements 两 个确立 ».
Formalisés en 2021, lors du 6e plenum en amont du 20e Congrès de 2022, ils confirment à la fois la centralité de Xi Jinping (1er « établissement ») et celle de sa pensée (2e « établissement »).
Les deux sont sans esprit de recul considérés par l’appareil comme la base indispensable de la stabilité politique du pays, condition des réformes économiques et des progrès de la modernisation dans un contexte international tourmenté.